“Jouer du piano, c’est comme jouer de la batterie : Alessandra Ammara

“Jouer du piano, c’est comme jouer de la batterie : Alessandra Ammara

La pratique du piano ne semble pas être, pour elle, un exercice d’isolement et de lente distillation des idées. Au contraire, Ammara est une musicienne totalement immergée dans les flux du monde : son instrument, la pratique du concert et aussi la confrontation avec ses collègues et l’enseignement sont pour elle des occasions d’explorer la vie et les différents plans de la réalité. Son caractère est ouvert, cordial et direct, souvent enthousiaste, et il se retrouve dans la chaleur que ses performances transmettent.

Comment préparer un tel programme ?

“En ce qui me concerne, plutôt que d’écouter beaucoup de performances différentes, je préfère consacrer du temps à reconstituer les circonstances dans lesquelles cette pièce est née et a pris forme : reconstituer la “scène du crime”, comme je dis à mes élèves”. Il sourit. “Pensons, par exemple, à l’arrière-plan fantastique de la musique de Debussy : à commencer par lui, on peut découvrir Mallarmé, Baudelaire, le théâtre symboliste, les œuvres d’Odilon Redon, Monet, Hokusai… Après avoir ainsi connu le contexte de la pièce, je l’étudie et, pour ainsi dire, l'”orchestre” au piano : et ce travail est le plus difficile car il faut s’assurer que la musique est disposée à différents timbres mais sans artifice “.

La recherche du timbre au piano semble vous inquiéter beaucoup : vous a-t-elle déjà amené à vous intéresser à la musique contemporaine ?

“Dans le domaine de la musique contemporaine, par exemple, j’ai joué Greetings de Luca Lombardi, et surtout j’ai enregistré les Complete Preludes de Giacinto Scelsi, qui étaient en fait un remarquable terrain d’apprentissage du timbre. C’est pourquoi je laisse aussi mes élèves en jouer parfois. Le prochain concert que j’ai prévu en Suède comprendra également une pièce contemporaine de Carla Rebora.

Vous arrive-t-il de demander l’avis d’autres pianistes sur votre travail ?

“Bien sûr. Outre la rencontre avec mon mari Roberto Prosseda, avec qui je joue souvent en duo et à quatre mains, je trouve souvent très utiles les conseils de mon ami Enrico Pompili, un excellent pianiste de Bolzano qui mérite encore plus de renommée que lui”.

Avez-vous déjà eu envie de jouer d’un autre instrument ?

“Oui, tout le monde. Il rit. “Mais surtout les percussions. Depuis que j’ai joué dans l’orchestre, je me souviens d’une attraction très forte pour la section des percussions, empilée derrière tous les autres instruments. C’est une terre de jouets. Et le piano est en fait un instrument de percussion, mais très souvent, pour en jouer, il faut faire un effort pour lui enlever son caractère percussif : pour le faire sonner comme le vent, ou comme le hautbois ou le violon. Quand on joue des percussions, la relation avec le matériau du son doit être différente, je l’imagine beaucoup moins médiatisé”.